Les miens

Capturer le temps qui passe sur les être aimés.

À l'origine, ce projet naît dans l’intimité d’un bouleversement : celui de la naissance de Noora, son premier enfant. Très vite, la photographie devient un outil pour documenter, comprendre, et peut-être apprivoiser cette nouvelle réalité. Est-ce un témoignage de son expérience en tant que père ou le récit visuel de l’enfance en train d’éclore ? L’ambiguïté reste entière, mais c’est précisément là que réside la poésie de cette série.

Entremêlant l’amour inconditionnel qu’il porte à ses enfants et sa passion de toujours pour l’image, Shervine Nafissi compose un récit sensible fait de lumière, de silences et de gestes minuscules. Les débuts sont empreints de douceur, baignés dans une lumière presque irréelle. Cette lumière devient l’un des personnages principaux de cette série, comme une métaphore de la découverte, du lien naissant, du regard.

Puis, au fil des jours et des saisons, la série évolue. Noora grandit, devient actrice de ses propres jeux, de ses propres métaphores. L’objectif se fait complice, presque fusionnel. Shervine fait partie de son monde : il est là, dans l’action, disponible pour capter chaque instant de vie, chaque envolée d’imaginaire.

Et un jour, une nouvelle silhouette apparaît : Sina, le cadet. Avec lui, le cycle recommence, mais différemment. Le lien reste fort, mais le regard change. La photographie devient plus contemplative, un pas de côté. Sina est souvent saisi dans des scènes tendres qu’il partage avec sa sœur Noora ou avec sa mère. C’est un autre rythme, une autre énergie. Moins dans l’immersion, plus dans l’observation — comme si le photographe, touché par la beauté de ces instants, choisissait de les admirer avec retenue avant de les immortaliser.

La série devient alors un puzzle vivant, en perpétuelle transformation. Elle explore le rapport du père à ses enfants, individuellement, dans leurs différences de présence et de relation. Les portraits sont souvent devinés, symboliques, reflétés. Ce sont moins des représentations que des présences : celle des enfants, bien sûr, mais aussi celle du père derrière la caméra, discret mais profondément engagé.

Ce projet est un portrait de famille fragmenté, où les frontières entre le photographe et ses sujets s’effacent peu à peu. C’est un travail intime, poétique et lumineux — une tentative de fixer l’éphémère, d’écrire en images la mémoire mouvante des premières années de la parentalité.

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